Une équipe de recherche issue de Université Mohammed VI Polytechnique, en collaboration avec Université Sidi Mohamed Ben Abdellah, a réalisé une avancée scientifique majeure dans le domaine de la chimie analytique opérationnelle. Les chercheurs marocains ont développé une technologie innovante basée sur la spectroscopie de plasma induit par laser (LIBS), permettant de surveiller la qualité de l’acide phosphorique industriel avec une précision exceptionnelle et en temps réel. Publiée dans la revue scientifique Nature Scientific Reports, cette innovation apporte une solution définitive au problème du décalage temporel entre le prélèvement des échantillons et leur analyse en laboratoire, qui pouvait auparavant prendre des heures, voire des jours.
La force de ce système réside dans sa capacité à mesurer la concentration de pentoxyde de phosphore en moins de dix secondes, soit une vitesse environ 180 fois supérieure à celle des méthodes traditionnelles. L’innovation ne se limite pas à l’utilisation du laser : elle intègre également un cadre chimique avancé ainsi que douze algorithmes de machine learning pour l’analyse de données spectrales complexes. Le modèle le plus performant a atteint une précision prédictive remarquable de 0,96, garantissant ainsi des résultats fiables même dans des environnements industriels extrêmes et fortement acides.
Cette percée devrait accélérer la transition des usines d’engrais et des installations chimiques vers l’ère de « l’industrie 4.0 », où le contrôle de qualité devient continu et instantané plutôt que périodique. Une telle transformation permettra de réduire le gaspillage chimique grâce à la détection immédiate des anomalies, tout en améliorant l’efficacité de l’utilisation des ressources, de l’énergie et des matières premières. À terme, cela contribuera à une production plus durable et à une meilleure qualité des engrais utilisés par les agriculteurs à travers le monde.
Ce projet, dirigé par le chercheur Mohamed El Kouhen avec le soutien de l’UM6P et du OCP Group, illustre la synergie croissante entre la recherche académique et le secteur industriel au Maroc. Les chercheurs estiment que cette approche ne se limite pas à l’acide phosphorique, mais qu’elle peut être adaptée à diverses industries chimiques liquides, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle génération d’usines intelligentes et durables, pilotées par la physique avancée et l’intelligence artificielle, dans une vision résolument marocaine.

