De nombreuses personnes ressentent une tension et une irritabilité marquées lorsqu’elles s’abstiennent de manger, un état désigné dans la culture occidentale par le terme « hangry » (Hungry + Angry), en référence à la combinaison de la faim et de la colère. Toutefois, une récente étude allemande a révélé que la cause réelle ne serait pas directement liée à la baisse du taux de sucre dans le sang, comme on le pense généralement, mais plutôt à la manière dont l’individu perçoit lui-même la sensation de faim, selon le site Huffington Post.
Des chercheurs de l’Université de Bonn et du Centre hospitalier universitaire de Tübingen ont mené une étude scientifique publiée en décembre dernier dans la revue eBioMedicine. L’étude, réalisée sur une période de quatre semaines, a porté sur 90 adultes et visait à analyser la relation entre la faim, le taux de glucose et l’humeur. Les résultats ont montré qu’une baisse de la glycémie peut provoquer une sensation de faiblesse, de distraction et d’irritabilité, mais qu’elle ne constitue pas le principal facteur de détérioration de l’humeur.
Les spécialistes expliquent que lorsque le corps ressent la faim, l’estomac sécrète l’hormone « ghréline », qui se rend au cerveau pour stimuler les cellules nerveuses et signaler le besoin de nourriture. Toutefois, le rôle de la ghréline ne s’arrête pas là : elle contribue également à augmenter la production de cortisol et d’adrénaline, ce qui élève le taux de sucre disponible dans l’organisme et influence directement l’état psychologique et l’humeur.
La Dre Christine Kaddouch, chercheuse principale de l’étude, a souligné que « le taux de glucose en lui-même n’est pas le facteur déterminant de l’humeur, mais plutôt la manière dont l’individu perçoit intérieurement le manque d’énergie dans son corps ». Elle précise que la prise de conscience de l’état de faim aide à maîtriser l’irritabilité et à contrôler les réactions émotionnelles.
De son côté, le professeur Niels Kroemer a expliqué que les réponses internes du corps et ses signaux nerveux jouent un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur. Selon lui, les personnes plus attentives aux signaux de leur corps sont moins susceptibles de connaître des fluctuations émotionnelles marquées lorsqu’elles ont faim.
Les experts estiment que ces résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour mieux comprendre certains troubles psychologiques, tels que la dépression et l’obésité. Ils pourraient également favoriser le développement d’approches thérapeutiques futures fondées sur l’entraînement à la conscience corporelle interne ou la stimulation du nerf vague, afin d’améliorer la perception corporelle et de réguler les émotions de manière plus équilibrée.
